Les ministres passent, la France vieillit
Un ministre part, un plan est reporté, et pendant ce temps, les chiffres tombent. La DREES publie aujourd’hui une étude qui devrait faire l’effet d’un électrochoc : 738 000 personnes supplémentaires en perte d’autonomie d’ici 2050, entre 150 000 et 200 000 emplois à créer, et si l’on veut simplement maintenir nos pratiques actuelles d’accompagnement en EHPAD, 365 000 places à ouvrir. Or, le nombre de places a reculé entre 2019 et 2023.
Ces projections ne sont pas des hypothèses lointaines. Elles décrivent un mur démographique que nous voyons arriver depuis des années, que nous avons signalé, alerté, documenté. Aujourd’hui, ce n’est plus le Synerpa qui le dit. Ce sont les statistiques publiques de l’État lui-même.
Le départ annoncé de la ministre Parmentier-Lecocq et le report du plan grand âge illustrent douloureusement ce que nous dénonçons : le grand âge est devenu la variable d’ajustement de l’instabilité politique. Un portefeuille qu’on déplace au gré des remaniements, un plan qu’on repousse au gré des aléas budgétaires. Cette inconstance n’est plus acceptable.
Soyons clairs sur le fond : le plan qui devait être présenté n’était pas à la hauteur. Des mesurettes, une volonté de consolider l’existant, quand c’est une transformation profonde qui s’impose. Ce report est donc une déception, mais aussi une opportunité. Celle de viser enfin l’ambition que ce sujet mérite.
Nous appelons le Premier ministre à porter lui-même ce plan grand âge. C’est la seule façon de garantir une approche interministérielle, seule à même de répondre à l’ampleur du défi. Système de santé, formation, emploi, logement, financements, aménagement du territoire : accompagner dignement le vieillissement de notre population exige une coordination de tous les ministères. C’est d’ailleurs ce qu’il avait lui-même esquissé devant l’Assemblée nationale.
Cette revendication n’est pas uniquement celle d’une fédération. Elle est portée par l’ensemble de la filière, tous statuts confondus. Face à ce qui nous attend, nous demandons d’une seule voix une politique du grand âge stable, ambitieuse et pilotée au plus haut niveau de l’État.
Les Français vieillissent. Les projections sont là, implacables. Il est temps que l’appareil politique tout entier s’en empare, enfin.
Jean-Christophe Amarantinis, Président de Synerpa