Des mots, toujours des mots, rien que des mots
Cette semaine aura été, à sa manière, révélatrice. Des actualités distinctes, mais les manifestations d’un même mal chronique : celui d’une politique du grand âge qui s’épuise en discours pendant que le secteur, lui, affronte des réalités qui n’attendent pas.
Vendredi dernier, un livre. Le député Boris Vallaud appelle à « démarchandiser la vie ». Formule séduisante, exigence morale en apparence irréfutable. J’ai choisi d’y répondre, dans les colonnes du Journal du Dimanche, non par polémique mais par nécessité. Cette rhétorique masque ce qu’elle prétend résoudre. Derrière l’argument moral se cache une bataille culturelle plus ancienne : celle d’une défiance persistante envers l’entreprise, présumée coupable, notamment lorsqu’elle s’aventure dans le champ du soin et de la santé. Or, accompagner le vieillissement coûte cher. Ce sont des établissements et services, des professionnels, des investissements massifs. Prétendre que donner un modèle économique viable à ce service revient à « marchandiser la vie », c’est se condamner à n’y rien investir, et donc à ne rien construire. Nous ne sommes pas dans un séminaire de philosophie politique. Nous sommes dans une urgence démographique. Ce ne sont pas des mots vides, c’est pire. Ce sont des mots qui divisent, qui occupent le terrain et font perdre un temps précieux. Ce type de querelle de principe ne fait pas avancer la réponse au défi du grand âge. Elle ne crée pas un lit, ne forme pas un soignant, ne rééquilibre pas un budget.
Vendredi dernier toujours, autre registre du côté du gouvernement, même effet. La ministre déléguée chargée de l’Autonomie et des Personnes handicapées a annoncé que les EHPAD s’appelleront « Maisons France Autonomie » d’ici 2027. Le Synerpa a répondu par un communiqué : nous comprenons la démarche, faire évoluer les représentations et signaler une transformation de l’offre. Mais un changement de nom ne se substitue pas à une politique. Le plan grand âge, annoncé pendant des mois, a été abandonné pour la promesse d’une « mobilisation » grand âge. Là encore, un changement de nom. La conférence de l’autonomie, annoncée en juillet 2025, est attendue pour septembre… si tout va bien ! Les besoins de financement, eux, ne patientent pas. Rebaptiser sans financer, c’est agir sur l’étiquette sans toucher au contenu. Un changement de nom ne crée pas un lit, ne forme pas un soignant, ne rééquilibre pas un budget.
Des mots, toujours des mots, rien que des mots. Dalida chantait ça comme une évidence désenchantée. Le secteur du grand âge, lui, n’a plus le luxe du désenchantement. La conférence de septembre devra être d’une tout autre nature. Nous y serons, avec des propositions concrètes et l’exigence que, cette fois, les actes suivent.
Jean-Christophe Amarantinis, Président de Synerpa