Grand âge : une course de fond jusqu’en 2027
La campagne présidentielle s’installe. Depuis plusieurs semaines, je rencontre, les uns après les autres, les responsables politiques qui préparent leur projet pour 2027. C’est un travail de fond, entamé depuis des mois, pour que le grand âge devienne un sujet que l’on ne peut plus traiter en marge. Quand on me reçoit pour parler financement des établissements, attractivité des métiers ou parcours de la personne âgée, c’est le résultat de cette insistance. Je m’en félicite, sans me satisfaire de si peu – le chemin est encore long jusqu’à ce que ces échanges se traduisent en engagements tenus.
Car pendant que ce travail politique avance, une décision bien réelle se prépare dans un tout autre silence : celui de l’administration. Cette semaine, le Synerpa et onze autres organisations et fédérations du secteur ont écrit au Premier ministre pour l’alerter sur un projet de réforme des cotisations « accidents du travail et maladies professionnelles ». Le taux collectif de 3,70 % qui permet aujourd’hui de mutualiser les risques entre nos différents métiers pourrait être remplacé par des taux individualisés, avec à la clé une hausse moyenne à 6,04 % en EHPAD et 9,11 % à domicile. Dans un secteur déjà exsangue, où des fonds d’urgence ont dû être mobilisés pour éviter des fermetures, une telle mesure ne réduirait en rien la sinistralité qu’elle prétend combattre : elle amputerait les capacités de recrutement et d’investissement dans la prévention, alimentant le cercle qu’elle voudrait briser. Nous avons demandé que cette réforme soit retirée du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027, et qu’un travail soit ouvert sur la simplification des dispositifs de prévention existants plutôt que sur une pénalité supplémentaire.
Cette alerte n’est pas isolée. Le Conseil de l’Europe vient lui aussi, dans un courrier adressé à la ministre Galliard-Minier, récemment rendu public, de pointer l’insuffisance des ressources humaines et financières allouées aux EHPAD français, et son impact direct sur le respect de la dignité des résidents. Ce constat, nous le documentons depuis des années. Qu’il faille l’entendre de la bouche d’une institution européenne dans l’espoir qu’il soit enfin pris au sérieux au-delà du secteur en dit long.
Voilà donc où nous en sommes : nous faisons en sorte, échange après échange, que le grand âge s’impose dans les projets pour 2027. Il nous reste à empêcher que les mêmes qui nous reçoivent aujourd’hui laissent, demain, l’administration nous fragiliser un peu plus. Je le dis sans détour à mes interlocuteurs : l’attention qu’on nous porte en période de campagne ne vaut rien si elle ne se traduit pas, une fois les urnes fermées, par des choix budgétaires cohérents.
Jean-Christophe Amarantinis, président du Synerpa