Le seul scénario certain
L’INSEE vient de publier ses projections de population à l’horizon 2070. Vingt-sept scénarios, des hypothèses hautes, des hypothèses basses, des fourchettes. Et au milieu de toutes ces incertitudes, une phrase qui devrait résonner dans chaque ministère : le vieillissement de la population est inéluctable.
Certain. Pas probable, pas envisageable, pas à confirmer. Certain.
Les chiffres donnent le vertige. D’ici 2070, la France comptera 5,8 millions de personnes de 65 ans ou plus supplémentaires, dont 4,6 millions de plus de 80 ans. Le nombre de centenaires pourrait être multiplié par quatre. Dès 2040, il y aura 49 personnes de 65 ans ou plus pour 100 personnes d’âge actif, contre 40 aujourd’hui. Ce n’est plus un horizon lointain : c’est demain matin, à l’échelle d’une politique publique.
Je pose donc la question : que faut-il de plus ? La statistique publique elle-même nous dit que l’avenir du grand âge est la seule donnée non négociable de notre futur démographique. La fécondité peut varier, les migrations peuvent fluctuer, la population totale peut croître ou décroître. Le vieillissement, lui, est écrit. Aucun arbitrage budgétaire, aucun remaniement, aucune dissolution ne le fera reculer d’un seul jour.
Pendant que les pouvoirs publics étudient, nous, nous agissons.
Hier, à l’Académie nationale de médecine, j’ai eu l’honneur de co-ouvrir, aux côtés de Lamine Gharbi, président de la FHP, la première édition des Rencontres de la médiation en santé, à l’initiative de nos deux fédérations. Dans nos métiers, tout repose sur la relation humaine. La médiation, c’est l’outil qui permet d’écouter avant que le différend ne s’installe, de prévenir les incompréhensions, de restaurer la confiance entre les familles, les résidents, les patients et les professionnels. Acteurs institutionnels, juristes, médiateurs de terrain : tous étaient réunis autour d’un même objectif, faire connaître ces dispositifs et les ancrer dans les pratiques du médico-social et du sanitaire.
Voilà ce qu’est un secteur privé responsable. Il ne se contente pas d’alerter sur les chiffres : il bâtit, dès maintenant, les conditions de la confiance dont notre système de santé et d’accompagnement aura plus que jamais besoin quand la vague démographique sera là.
L’INSEE a fait sa part du travail. Les professionnels font la leur, chaque jour. Il ne manque plus qu’une chose, et c’est la seule qui relève du politique : une stratégie interministérielle, une loi de programmation. Le grand âge ne peut pas rester la variable d’ajustement d’un pays qui sait pourtant, avec certitude, ce qui l’attend.