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Le virage domiciliaire n’a pas de carburant.

 

Le secteur du domicile traverse depuis plusieurs semaines une période de turbulences inquiétantes. La hausse du prix des carburants n’est pas une perturbation passagère : elle s’installe, elle s’accumule, et elle percute de plein fouet un modèle économique qui n’a aucune marge pour l’absorber. Les aides à domicile consacrent entre 20 et 30 % de leur temps de travail aux déplacements. C’est la nature même de ce métier, exercé au plus près des personnes. Et dans des territoires ruraux ou périurbains, la voiture n’est pas une option mais une condition d’exercice professionnel. Or, les structures, quel que soit leur statut, sont contraintes par un encadrement tarifaire strict qui les empêche de répercuter le moindre surcoût. Nicolas Hurtiger – que je salue – l’a dit avec force et vigueur hier sur Sud Radio.

Ce n’est pas une crise de trésorerie abstraite. C’est une aide à domicile qui ne peut plus remplir son réservoir pour aller chez Mme B., 84 ans. Ce sont des tournées annulées, des continuités rompues et, à la clef, des hospitalisations qui auraient pu être évitées. Derrière ces situations humaines concrètes, il y a un paradoxe institutionnel que nous ne pouvons plus tolérer en silence : les aides à domicile, pourtant essentielles, restent à l’écart des dispositifs de soutien déployés en cette période de crise. Les agriculteurs, les transporteurs, les pêcheurs, légitimement, bénéficient de mesures d’urgence. Le secteur du domicile, lui, attend.

Des solutions existent pourtant, et nous les portons avec les autres fédérations représentatives du secteur dans une mobilisation interfédérale résolue. Mieux flécher les enveloppes existantes, activer des mécanismes exceptionnels comme ceux qui ont fonctionné pendant la crise sanitaire, prévoir des mesures temporaires de soutien aux employeurs : ces pistes sont connues, documentées, opérationnelles. Certains départements, comme le Finistère, ont déjà pris des initiatives locales. Elles sont utiles. Elles sont insuffisantes. Une réponse nationale s’impose.

Mais ce n’est pas tout. Le gouvernement a récemment publié le décret relevant de 70 à 80 ans l’âge d’éligibilité aux exonérations de charges dans les services à la personne, avec une application rétroactive au 1er janvier 2026. Nous avions exprimé notre opposition lors de son examen. Sa publication confirme ce que nous craignions : cette mesure retarde l’accès à l’aide à domicile pour des personnes qui en ont besoin, à l’heure même où la prévention et l’accompagnement précoce du vieillissement font consensus comme priorités de santé publique. Intervenir plus tard, c’est intervenir lorsque la perte d’autonomie est déjà installée. C’est renoncer à ce que le virage domiciliaire ait vraiment lieu. Et c’est, à terme, coûter bien davantage aux finances publiques comme aux familles.

La cohérence minimale commanderait de ne pas fragiliser simultanément, par deux décisions convergentes, un secteur dont on proclame par ailleurs l’importance stratégique. On ne peut pas tenir le discours du virage domiciliaire et retirer, mois après mois, les conditions qui le rendraient possible.

Nous exigeons des actes. Une réponse d’urgence sur le carburant, une révision du décret sur les exonérations, et l’ouverture d’un dialogue sérieux sur les moyens réels du maintien à domicile. Le domicile n’est pas un secteur parmi d’autres, il est, aux côtés des établissements, la colonne vertébrale de notre capacité collective à vieillir dignement. Il mérite mieux que d’être le grand oublié de chaque crise.

C’est ce que nous portons, avec détermination, aux côtés de l’ensemble des acteurs mobilisés. Nous ne lâcherons pas.

Jean-Christophe Amarantinis, Président de Synerpa